Bibliothéque d'Elsamarie

La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:33

V- La Nef de Salomon


LA SŒUR DE PERCEVAL


DEPUIS le jour où il avait sauvé Perceval attaqué par les routiers, Galaad avait chevauché en tous sens, au gré du hasard, à travers le royaume de Logres. Il y avait trouvé plus d’aventures qu’on n’en saurait conter Un jour, dans un tournoi, il s’était rencontré avec Gauvain, et lui avait porté à la tête un coup d’épée qui avait fendu le heaume, la coiffe de fer et tranché la peau jusqu’au crâne. Ainsi se trouva vérifiée la prédication faite à Gauvain devant le roi Artus et ses barons le jour qu’il mit la main à l’Épée plantée dans le perron de marbre. Ce fut pour Gauvain la finn de la Quête, car il mit longtemps à guérir. Il n’avait d’ailleurs rien fait de bon ; semblable à tous les chevaliers trop légers qui, fourvoyés dans la noble aventure du Graal, n’y trouvaient que hontes et déboires. Souvent même, aveuglés d’on ne sait quelle fureur, ils s’étaient entre-tués, et Gauvain, en particulier, avait à se reprocher la mort de plus de dix compagnons de la Table Ronde. Quelque temps après, comme Galaad se disposait à passer la nuit chez un ermite, une jeune fille inconnue vint lui offrir de le guider vers la plus haute des aventures. Il accepta et repartit aussitôt avec elle. Jour et nuit ils chevauchaient, s’arrêtant à peine pour manger et se reposer dans les châteaux qu’ils rencontraient. Enfin, au matin du second jour, ils atteignirent un rivage, le long duquel glissait la barque qui portait Perceval et Bohort. En se reconnaissant, les trois chevaliers pleurèrent de joie ; puis Galaad et la demoiselle, laissant leurs chevaux, déséquipés et libres sur ]es prés de la rive, montèrent dans la barque. Sans gouvernail et sans pilote, la blanche nef savait où elle devait aller. Elle s’éloigna du rivage, vira vers la haute mer, et là, la voile gonflée, se mit à filer vertigineusement. Cependant les trois chevaliers se racontaient leurs aventures. Quant à la jeune fille, elle se fit connaître d’eux afin, dit-elle, qu’ils eussent plus de confiance en ses paroles : et sachez que c’était la sœur de Perceval. Dans l’après-midi, vers l’heure de none, ils virent qu’ils allaient droit sur une île déserte ; bientôt après ils y abordaient, au fond d’un bras de mer qu’enserreraient deux longues pointes rocheuses.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:33

En ce lieu sauvage, leur dit la jeune fille, est l’aventure pour laquelle le Maître nous a réunis. En effet, quand ils eurent gravi l’escarpement de la rive ? ils découvrirent un autre golfe qui ne communiquait pas avec le premier : un vaisseau y était accosté, beaucoup plus grand et magnifique que leur barque. Ils s’en approchèrent. Sur le bordage, une inscription en lettres antiques disait : Que nul n’entre ici s’il n’est plein de foi et pur de toute vilenie. Sans une hésitation Galaad y entra, suivi de la jeune fille ; les deux autres, après un instant de réflexion, les imitèrent. Ils regardèrent en tous sens, visitèrent le vaisseau de l’avant à l’arrière : nul être vivant. Mais au centre ils avaient trouvé un lit tout couvert d’une somptueuse étoffe. Galaad la souleva : le lit était d’une richesse inouïe ; une couronne d’or était posée au vêt, et au pied une épée à demi tirée du fourreau Le pommeau de cette épée était d’une seule gemme mais qui avait en soi toutes les couleurs qu’on peut voir sur la terre ; et chacune de ces couleurs possédait une vertu particulière. La poignée était faite d’os tirés de deux bêtes très étranges : l’une, un dragon, ne vit que dans les monts sauvages de Calédonie, l’autre converse aux rives de l’Euphrate. Et telle était la vertu de cette poignée que quiconque la tenait n’avait garde de souffrance ou de fatigue, et perdait incontinent la mémoire de tout, hormis la chose pour laquelle il avait tiré l’épée. Mais sur le drap vermeil qui entourait la poignée était brodée cette inscription : Un seul doit me saisir : tout autre qui le tentera sera châtié. Au fourreau, qui était de cuir de serpent vermeil ; pendaient de surprenantes attaches faites de grossières tresses de chanvre ; mais des lettres d’or, frappées dans le cuir du fourreau, annonçaient que le vrai baudrier de l’épée serait mis par une vierge, fille de roi, qui le ferait de ce qu’elle posséderait de plus beau. Enfin, au-dessus du lit, trois pièces de bois taillées en colonnettes faisaient comme un portique dressé deux d’entre elles, fichées dans le bois du lit, devant et l’autre derrière, s’érigeaient verticalement : la troisième, placée en travers, était chevillée en l’une et en l’autre. La colonnette de devant était plus blanche que la neige fraîchement neigée ; celle de derrière avait la couleur du sang ; la troisième avait la couleur de l’émeraude. Et sachez que c’étaient les couleurs naturelles des bois, et qu’aucune main humaine ne les y avait mises. Mais comme ces choses risqueraient d’être tenues par quelques-uns pour des fables, ici le conte se détourne un peu du droit chemin pour en raconter la merveilleuse histoire.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:34

LA LÉGENDE DE L’ARBRE DE VIE


II est écrit au Livre véridique du Saint Graal qu’Eve la pécheresse, lorsqu’elle eut écouté le Démon, cueillit le fruit mortel de l’Arbre que le Créateur avait interdit, et que le rameau vint avec le fruit qui y pendait, ainsi qu’il arrive souvent. Et puis elle apporta ce fruit à Adam son époux, qui le détacha du rameau et le mangea, pour notre malheur et pour le sien. Il détacha le fruit et le mangea, et le rameau resta dans la main d Eve, sans qu ’elle s’en doutât : maintes fois on tient ainsi une chose en main et l’on n’y pense pas. Dès qu’ils eurent goûté de ce fruit, qu’il faut appeler mortel puisqu’il fit connaître la mort à la lignée humaine leur nature changea ; et ils s’aperçurent soudain qu’ils avaient un corps et qu’ils étaient nus, eux qui auparavant étaient des substances spirituelles. Ils se regardèrent mutuellement, ils connurent la nudité, les parties honteuses ; et ils en furent remplis de confusion : c’était déjà une punition de leur faute. Lorsqu’ensuite Dieu, ayant vu leur péché, les chassa du Jardin de délices, Eve tenait toujours le rameau en main. Elle n’y prit garde qu’une fois dehors : il était encore frais et verdoyant, car il n’y avait pas longtemps qu’il avait été cueilli, et cependant la destinée de l’homme par lui était déjà changée. Alors elle déclara qu’en souvenir de la grande mésaventure qui leur` était venue de cet Arbre, elle en garderait le rameau autant qu’elle le pourrait. Mais elle n’avait ni huche ni étui, car en ce temps-là il n’existait rien de semblable : elle le planta donc en terre ; et par la volonté du Créateur à qui toutes choses obéissent, il y reprit racine. Ce rameau qu’Eve la Pécheresse portait en arrivant sur la terre était un beau symbole : il signifiait joie et liesse ; comme si, s’avançant vers les hommes des temps futurs, Eve leur eût dit : Ne vous affligez pas si nous sommes dépossédés de notre splendide héritage : un jour viendra où nous y rentrerons. Le rameau planté en terre crût si bien qu’en peu de temps il devint un arbre au vaste ombrage : et branches et feuilles, et le tronc même, tout en lui était blanc comme neige. Un jour Adam et Eve étaient assis sous cet arbre : et Adam, l’ayant contemplé, se mit à déplorer la douleur de l’exil. Tous deux pleurèrent tendrement l’un pour l’autre. Et Eve dit qu’ils ne devaient pas s’étonner s’ils avaient en ce lieu souvenance de douleur, car l’Arbre la portait en soi ; et nul ne pourrait jamais s’y asseoir, si joyeux fut-il, sans en repartir triste jusqu’à la mort ; c’était l’Arbre de Mort. Or à peine avait-elle prononcé ces paroles que du haut des cieux une voix leur dit O chétifs ! pourquoi parlez-vous ainsi de la mort ? Ne préjugez pas du destin, mais revenez à l’espérance et réconfortez-vous l’un l’autre, car la Vie triomphera de la Mort, sachez-le. La voix divine leur avait rendu la joie ; ils appelèrent dès lors le bel arbre, l’Arbre de Vie, et voulurent le multiplier. Or toutes les fois qu’ils en prenaient un rameau et le plantaient en terre, il s’y enracinait et croissait aussitôt, tout en gardant la couleur blanche du premier. Adam et Eve venaient maintenant se reposer sous l’Arbre de Vie plus volontiers qu’en aucun autre lieu. Un jour qu’ils s’y trouvaient, ― la vraie histoire dit que c’était un vendredi,- la voix divine leur ordonna de s’unir comme l’époux s’unit à l’épouse. Et comme ils n’osaient, par vergogne, une obscurité profonde les enveloppa... C’est ainsi qu’Abel le Juste fut engendré un vendredi sous l’Arbre de Vie. Et quand l’obscurité se dissipa, Adam et Eve virent une grande merveille : l’Arbre naguère blanc était maintenant verdoyant comme herbe de pré. A partir de ce moment il se mit à fleurir et à porter des fruits, ce qu’iI n’avait jamais fait auparavant ; et les boutures qu’ils en tirèrent furent également vertes et fertiles. Il en fut ainsi jusqu’au temps où Abel devint un homme. Abel était pieux, aimait son Créateur, et lui offrait pour dîmes et prémices les plus belles choses qu il possédait. Son frère Caïn, au contraire, ne donnait a Dieu que ce qu’il avait de plus vil. Aussi la grâce de Dieu était sur Abel : du tertre où il avait accoutumé de brûler ses offrandes, la fumée de son sacrifice montait droit vers le ciel, belle et claire et d’odeur suave ; mais la fumée de Caïn se traînait sur les champs, laide et noire et puante. Caïn en conçut contre son frère une haine démesurée et, sans en rien laisser paraître, décida de le tuer. Or un jour Abel s’en alla aux champs avec son troupeau. Les brebis s’arrêtèrent auprès de l’Arbre de Vie qui était assez éloigné du manoir d’Adam. Le jour était très chaud ; Abel alla s’asseoir à l’ombre de l’Arbre et s y endormit. Caïn, qui l’avait épié, s’approcha, le salua et puis le tua de son couteau courbe. Ainsi mourut Abel de la main de son frère, au lieu même où il avait été conçu ; et le jour de sa mort, comme celui de sa conception, fut un vendredi, selon le Livre qui ne ment point. Dès la mort d’Abel, l’Arbre de Vie devint tout vermeil, de la couleur du sang qui dessous avait été versé ; et depuis i1 ne put ni se multip1ier, ni porter fleur et fruit ; pourtant il restait le plus bel arbre du monde. D’âge en âge il embellissait encore ; les descendants d Adam venaient s’y réconforter et y reprendre ]’espérance du Paradis perdu. Survint le Déluge. tout fut sur terre abîmé et gâté ; jamais plus les fleurs ni les fruits ne retrouvèrent leur douceur première. Seuls, l’Arbre de Vie et tous ceux qui en provenaient étaient intacts. Ils durèrent en cet état jusqu’au temps du roi Salomon. Salomon possédait toute la science dont un mortel soit capable ; il connaissait les vertus des gemmes et la force des herbes, le cours des étoiles et toute l’ordonnance du firmament. Et pourtant son savoir ne l’empêchait pas d’être victime des ruses de sa femme, chaque fois qu’elle voulait s’en donner la peine. Ceci du moins n’est pas merveille : quand une femme veut employer son talent à la tromperie, nulle sagesse d’homme n’y peut résister : et il en est ainsi depuis nos premiers parents. Quand il comprit son impuissance contre les ruses de la femme, Salomon fut rempli d’amertume. C’est pourquoi, en son livre des Paraboles, il écrivit ceci : J’ai, dit-il, fait le tour de l’univers, et j’ai cherché en tous sens, avec toute la sagesse concédée à un mortel ; et je n’ai pas trouvé une femme au cœur pur. Une nuit qu’il se demandait pourquoi la femme fait si volontiers le tourment de l’homme, une voix lui répondit : Salomon, Salomon, si de la femme vint et vient encore aux hommes tant de tristesse, ne t’en afflige pas, car une femme leur apportera un jour cent fois plus de joie, et cette femme naîtra de ton lignage ! Salomon étudia et scruta si bien les temps futurs qu’il y découvrit la venue de la Vierge ; et il apprit aussi que sa postérité ne s’arrêterait pas à elle, mais à un chevalier vierge qui passerait tous les autres en prouesse. Il chercha alors le moyen de faire connaître à cet ultime descendant qu’il avait su quelque chose de lui. Si longtemps il y réfléchit que sa femme s’en aperçut ; et, ayant choisl son moment, elle lui tint ce propos : Sire, depuis plusieurs semaines vous avez beaucoup médité : votre esprit n’était jamais en repos. Je vois donc bien que vous pensez à une chose dont vous ne pouvez venir à bout. Je voudrais savoir ce que c’est, car il n’y a, je crois, rien au monde dont nous ne puissions avoir raison, en alliant votre sagesse à ma subtilité.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:34

Salomon pensait bien, en effet, que si une créature humaine était capable de le tirer d’embarras, c’était elle il lui dit donc son souci. Après un moment de réflexion : ― Savez-vous, lui demanda-t-elle, combien de temps s’écoulera jusqu’à la venue de ce chevalier ?

― Deux mille ans au moins.

― Eh bien, voici ce qu’il faut faire. Faites construire un vaisseau du meilleur bois et du plus durable qui se puisse trouver.

― C’est chose facile, répondit Salomon Le lendemain il fit venir tous les charpentiers de son royaume et leur commanda de construire le plus beau des navires, et d’un bois tel qu’il ne pût jamais pourrir. Les charpentiers aussitôt allèrent choisir leurs bois et mirent le navire en chantier. La femme de Salomon lui dit encore :

― Sire, puisque ce chevalier doit passer en prouesse tous ceux qui avant lui auront été et qui après lui viendront, ne conviendrait-il pas de lui préparer quelque arme aussi excellente que lui-même ?

― Oui, mais où la prendre ? demanda Salomon.

― Je vais vous le dire. Dans le temple que vous avez bâti en l’honneur de votre Dieu est l’épée du roi David votre père : c’est la plus tranchante qui ait jamais été forgée ; prenez-la, ôtez-en la poignée, et vous, qui connaissez les vertus des pierres, des herbes et de toutes les choses terrestres, mettez à cette lame incomparable une poignée et un pommeau dignes d’elle. Faites ensuite un fourreau aussi merveilleux que le reste ; et quand tout sera terminé, j’y mettrai moi, des attaches de ma façon. Salomon exécuta tout ce que sa femme avait dit et l’épée telle que le livre l’a décrite. Quand la nef ut achevée et lancée, la reine y fit dresser un lit somptueux avec force courtepointes. Au chevet le roi plaça sa couronne et au pied il voulut mettre l’épée. Mais quand sa femme la lui rapporta, il vit qu’elle y avait mis pour attaches des cordes d’étoupe. Et comme il s’irritait :

― Sire, sachez que je n’ai rien d’autre qui soit digne de soutenir une telle épée.

― Que ferons-nous donc ?

― Si vous m’en croyez, vous la laisserez ainsi. Il n’appartient pas à nous de parfaire cet ouvrage, une vierge le fera un jour, dans le lointain avenir où mon esprit se perd... Salomon laissa aonc l’épée telle qu elle etait, et fit couvrir le lit d’un drap de soie qui n’avait garde de pourrir.

― Est-ce tout ? demanda-t-il à sa femme elle examina le lit, la nef :

― Non, il y manque encore quelque chose, dit-elle. Elle partit avec deux charpentiers et les mena à l’Arbre où Abel avait été tué. Là elle leur dit :

― Coupez-moi, de cet arbre, de quoi faire une colonnette.

― Ha ! Madame, nous n’oserions, répondent-ils ébahis. Ne savez-vous donc pas que c’est l’Arbre que notre première mère Eve a planté ?

― Il faut, répliqua-t-elle, que vous obéissiez, ou bien je vous ferai détruire. Ils se résignèrent alors et attaquèrent l’Arbre. Mais à peine l’avaient-ils touché qu’ils s’enfuyaient épouvantés, car de l’Arbre coulaient des gouttes de sang. Elle les y ramena de force, et qu’ils le voulussent ou non, ils durent en couper de quoi faire une colonnette. Ensuite elle leur dit de même prendre du bois d’un des arbres verts et d’un des arbres blancs. Et l’on revint vers la nef Elle fit façonner en colonnettes les trois pièces de bois qu’ils avaient rapportées et les fit placer ainsi qu’il a été dit. La nef achevée, Salomon la considéra :

― Tu as accompli une œuvre prodigieuse, dit-il à sa femme : si le monde entier venait ici la contempler personne n en saurait dire la signification : et toi-même qui l’a faite, tu l’ignores. Mais, malgré tout, le dernier de mes descendants n’apprendra pas ici que j’ai connu sa venue, à moins que Dieu même n’en prenne soin.

― Laissez cela, Sire, vous en aurez bientôt d’autres nouvelles, si mon pressentiment ne me trompe Ce soir-là Salomon fit dresser sa tente près du rivage ou la nef était amarrée. La nuit, tandis qu’il dormait il eut une vision. Du haut des cieux descendait un homme, suivi d’un long cortège d’Anges : il entrait dans le navire, et avec de l’eau qu’un ange lui présentait dans un seau d’argent, il l’aspergeait de l’avant à l’arrière, puis, de son doigt qui semblait un rayon ardent, il traçait des inscriptions sur l’épée, sur le bordage du navire ; enfin il s’étendait sur le lit. Et puis Salomon ne le voyait plus, ni lui ni son escorte d’anges, tout s’évanouissait... Dès son réveil, à la pointe de l’aube, Salomon courut au vaisseau. Sur le bordage il vit dans l’ombre briller ces mots : Que nul n’entre ici s’il n’est plein de foi et pur de toute vilenie ! Il recula d’étonnement A ce moment les amarres se rompirent d’elles-mêmes et le vaisseau, poussé par une force invincible, fila vers le large, si vite qu’il fut hors de vue en quelques instants.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:35

Salomon était resté sur la rive et méditait, cependant que sur lui, sur la mer où s’envolait la Nef symbolique, sur les terres où il gouvernait le peuple de Dieu, le matin versait sa lumière d’espérance. Et il entendit une voix qui lui disait : Salomon, le dernier de tes descendants se reposera dans le lit que tu lui as préparé, et il saura comment tu l’as fait. Plein de joie, Salomon retourna vers les tentes, éveilla sa femme, ses compagnons, et leur conta son aventure. Et il fit savoir à tous, familiers ou étrangers, comment des conseils de femme l’avaient tiré d’une entreprise où sa science était impuissante. Ainsi finit l’histoire de la Nef et de l’Arbre de Vie.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:35

L’ÉPÉE


Ni les chevaliers ni leur compagne ne pouvaient se lasser de contempler la Nef, et le Lit, et l’Epée. A la fin Perceval, ayant soulevé le drap de soie qui couvrait le lit, vit une riche aumônière qui renfermait un parchemin couvert d’écriture. Il le tendit à Bohort, qui savait lire : c’était l’histoire de la construction de la Nef. Ils écoutèrent en grande émotion l’antique et vénérable récit.

― Mais, dit Bohort, il nous faut maintenant chercher la jeune fille qui doit achever l’équipement de l’Épée. Et où la trouver ?

― Vous n’aurez pas à aller bien loin, répondit leur compagne.

Et d’un coffret qu’elle avait apporté elle tira un baudrier fait de cheveux tressés avec des fils de et d’or ; et si blonds et si fins étaient les cheveux qu on avait peine à les distinguer de l’or et de la soie. Des pierres précieuses y étaient serties et les boucles etaient d’or

― Seigneurs, dit la jeune fille, voici ce qui manquait à l’Épée. Ainsi que le requiert l’inscription du fourreau, j’ai fait ces tresses de ce que je possédais de plus cher, mes cheveux. Car j’avais bien, naguère, la plus jolie chevelure qu’on pût voir, et, seigneur Galaad, je la fis couper pour l’amour de vous, ce même jour de Pentecôte où vous parûtes à la Table Ronde.

― O mon amie, dit Galaad avec émotion, pour ce sacrifice le veux être à jamais votre chevalier. Ce fut elle qui lui ceignit l’Epée du roi David, qui depuis si longtemps l’attendait. On donna à Perceval celle que Galaad avait portée jusque-là. Puis, sur le conseil de la jeune fille, ils quittèrent le vaisseau de Salomon pour retourner à leur barque.

Toute la nuit ils naviguèrent, ne sachant s’ils étaient en haute mer ou près des terres. Au jour ils se trouvèrent le long d’un rivage profondément découpé ; un grand et sombre château se dressait devant eux : ils reconnurent l’Écosse et le château Carcelois.

Nous arrivons mal, dit la soeur de Perceval : si l’on apprend que nous sommes de la maison du roi Artus, on va se jeter sur nous, car notre maître est ici férocement haï.

― Qu’importe ? dit Galaad.

Et, sautant de la barque, il alla droit vers l’entrée du château. Les autres le suivirent.

Dès qu’il eut passé la porte, un valet parut :

― Seigneurs chevaliers, qui êtes-vous ?

― Nous sommes, répond Galaad, de la maison du roi Artus.

― Par mon chef, vous tombez mal !

Il retourne vers la citadelle, et presque aussitôt on entend un appel de cor résonner à travers tout le château. Galaad continue d’avancer.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:36

Quelques pas plus loin une jeune fille accourut et cria :

― Ah ! Seigneurs, pour Dieu retourne si vous pouvez, car vous allez à la mort ! Retournez, retournez, avant qu’on ne vous surprenne ici !

― Je ne retourne jamais sur mes pas, répondit tranquillement Galaad.

Mais la troisième rencontre qu’ils eut fut d’une autre sorte : ce fut celle d’une dizaine de cavaliers qui dévalaient au galop la grand’rue du château en criant : Rendez-vous. Les trois compagnons, bien qu’à pied, acceptent le combat. En un instant Perceval et Galaad jettent chacun un des cavaliers à terre, prennent leurs chevaux, et courent sus aux autres. Ils ont bientôt un cheval à donner à Bohort, et les assaillants, se voyant si rudement malmenés, tournent bride. Les autres les poursuivent, s’engouffrent derrière eux dans la forteresse principale, pénètrent jusqu’à la grand’ salle. Elle était pleine de chevaliers et de sergents qui s’armaient, ayant entendu l’appel du cor. Les trois compagnons fondent sur eux, frappent, taillent, abattent, piétinent le troupeau confus et épouvanté. Galaad surtout les terrifie ; ils croient voir sa stature grandir, grandir de plus en plus ; son épée jette des éclairs surnaturels. Ce n’est pas un homme, s’écrient-ils, c’est un Esprit !... C’est l’Ange exterminateur ! Affolés, les survivants s’écrasent aux portes, sautent par les fenêtres et se fracassent contre le pied des hautes murailles. Le silence. Seuls debout dans la vaste salle, les trois héros contemplent leur carnage. Que de morts étendus ! Que de sang versé ! Galaad lentement enlève son heaume ; autour de son beau visage penché, ses cheveux blonds descendent en deux bandeaux ondulés. Il murmure :

― Le Père avait dit : Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il s’amende et qu’il vive. Hélas ! qu’avons-nous fait !

― Mais, seigneur, répond Bohort, si Dieu ne les avait hais, eût-il permis leur massacre ? D’aventure c’étaient des mécréants qu’il a châtiés par nos mains !

― Ce n’est pas aux hommes, riposte Galaad, à venger le Maître. Jamais plus je n’aurai la paix du cœur, tant que je ne saurai pas si nous avions le droit d’agir ainsi. Tandis qu’ils parlaient, un prêtre parut au fond de la salle, vêtu de blanc, le calice à la main. En voyant les cadavres, le sang éclaboussé partout, il fit un mouvement d’effroi. Galaad s’avança, le rassura, puis lui conta toute l’aventure et lui dit son angoisse.

avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:36

― Oh ! répondit Ie prêtre, soyez certains que vous n’avez jamais fait d’oeuvre meilleure. C’étaient des bandits pires que les Sarrasins, et Dieu vous saura gré de les avoir détruits. Le seigneur de ce château était le vieux comte Ernout. Il avait trois fils et une fille fort belle. Les trois frères s’éprirent d’amour criminel pour leur sœur, la violèrent et, parce qu’elle fit sa plainte au comte, ils la tuèrent. Ensuite ils jetèrent leur père en prison et se livrèrent à leur fureur, massacrant prêtres, moines, abbés, abattant des chapelles commettant des forfaits sans nombre. On s’étonnait qu’ils ne fussent pas encore anéantis du feu du ciel Quant au comte, il n’a cessé d’espérer la venue d’un Vengeur ; il est à l’agonie, et j’allais, seigneurs, l’aider à bien mourir.

Galaad fit tirer de la prison, le vieux seigneur et le fit porter au palais. Il était près d’expirer O chevalier, dit-il, soyez le bienvenu ! Nous vous avons si longtemps attendu ! Je vous en prie, prenez-moi dans vos bras, sur votre cœur, afin que mon âme quitte mon corps dans la joie ! Galaad l’ayant pris contre sa poitrine, il s’inclina comme un que la mort tient déjà, et au bout de quelques instants, il entra dans le Repos.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:36

LA LÉPREUSE


Les trois chevaliers et leur compagne reprirent leurs courses aventureuses. Quelques jours plus tard, ils furent assaillis sur la route par des hommes armés qui tentèrent d enlever la sœur de Perceval. C’étaient les gens d un château voisin, où l’on avait coutume d’exiger de toutes les jeunes filles qui passaient une pleine écuelle de sang. Il s’ensuivit une bataille furieuse des trois compagnons contre tout ce que le château renfermait de chevaliers. Malgré des prodiges de vaillance ils ne purent venir à bout d’adversaires qui se renouvelaient continuellement. Aussi, lorsqu’au soir un vieillard, s’avançant au milieu de la mêlée, vint leur proposer une trêve, ils l’acceptèrent. Ils furent hébergés avec grande courtoisie par leurs adversaires et leur demandèrent la raison de cette cruelle coutume Notre dame, ]lur répondit-on, souveraine de ce château, de maint autre et de tout un vaste pays, languit depuis deux ans de la lèpre. Elle a fait venir tous les médecins connus, en vain ; seul un vieillard un jour nous a dit qu’elle guérirait si elle pouvait laver ses plaies dans le sang d’une vierge parfaitement pure, et qui fût fille de roi. Depuis, nous arrêtons toutes les jeunes filles qui passent. Seigneurs, vous savez maintenant la cause de notre coutume ; vous agirez comme il vous plaira. La sœur de Perceval tira alors à l’écart ses compagnons et leur dit : Ainsi cette femme souffre un martyre affreux ; je l’en puis tirer si je veux, et si je veux elle en mourra
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:37

― Dites-moi ce que je dois faire.

― Mais, dit Galaad, vous-même qui êtes faible et tendre, vous y succomberiez.

― Eh bien, j’aime mieux mourir de cette guérison que de laisser recommencer la bataille, qui ne peut finir sans la perte, bien plus déplorable, de beaucoup de vaillants hommes, sans la vôtre peut-être... Très émus, ils ne savent que répondre. Élevant alors la voix, elle appelle les gens du château :

― Réjouissez-vous, votre bataille de demain est finie : demain je me soumettrai à votre coutume. Tout le château est dans la joie, et les trois chevaliers sont traités avec plus d’honneur encore qu’auparavant. Le lendemain on amena la lépreuse : son visage était si ravagé, si profondément rongé par le mal, qu’on se demandait comment elle pouvait vivre en de telles douleurs. Devant elle, la jeune fille présenta son bras à la lancette tranchante ; le sang jaillit et coula dans une écuelle d’argent.

― Madame, dit la jeune fille, voici que je suis à la mort venue pour votre guérison : priez pour moi !

Avec le sang sa vie s’écoule : elle se pâme. Puis, rouvrant les yeux à grand-peine, elle dit à Perceval :

― Cher frère, je me meurs. N’enfouissez pas mon corps en cette terre étrangère ; mais déposez-le en une nacelle que vous abandonnerez aux flots. Le Saint Graal me guidera et nous réunira un jour, j’en ai la certitude. Mais écoutez mes dernières paroles. Par moi le Haut Maître vous ordonne de vous séparer et d’aller, chacun suivant sa voie, vers le château de Corbenic, où seul le hasard peut vous conduire et vous rassembler.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:37

Puis son cœur s’évanouit de nouveau, et elle expira.

Ainsi mourut, en un sacrifice volontaire et sanglant, la pure vierge qui avait achevé l’œuvre millénaire commencée par Ève la pécheresse, et que le sage Salomon lui-même n’avait pu accomplir.

Les trois compagnons, pénétrés de douleur, lui firent des funérailles magnifiques ; ils firent embaumer son corps aussi précieusement que si ce fût le corps de l’Empereur. Selon son désir ils la couchèrent sur un beau lit dans une nef. Au chevet du lit Perceval mit un écrit qui disait ce qu’était cette morte et les aventures qu’elle avait aidé à achever. Puis ils poussèrent la nef vers la haute mer ; et ils la suivirent des yeux jusqu’à ce qu’elle eût été entraînée par les jeux divins des vagues.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:38

VI-Les Trois Révélations du Graal


L’IMPARFAITE VISION DE LANCELOT


INSTRUIT, éclairé par les sages discours de l’ermite qui l’avait recueilli, Lancelot passa chez lui quatre jours tout remplis de retours mélancoliques sur son bel amour criminel et de résolutions où paraissait la ferveur d’un novice. Lorsqu’au matin du cinquième jour, ayant reçu de son hôte des armes neuves, il repartit en quête du Saint Graal, une vie nouvelle commença pour lui. Au lieu des aventures chevaleresques d’antan, où s’exaltaient la prouesse et la courtoisie, le hasard lui suscitait des rencontres riches en enseignements spirituels. Tantôt un solitaire lui Éimposait, par douce persuasion, une règle de vie presque ascétique, et lui faisait même prendre la haire : tantôt un valet éprouvait son orgueil en lui reprochant véhémentement ses erreurs passées. Ses yeux peu à peu s’ouvraient au monde mystique, que les hommes, vains prisonniers de la matière, n’aperçoivent point. Il lui arriva même, un jour, une aventure très étrange.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:38

Il venait de traverser une forêt, quand il se trouva à la lisière d’une vaste prairie bigarrée de pavillons tendus, de bannières éployées, bruissante de chevaux et de gens armés. Au fond se dressait un château fort, ceint de murs et de fossés. C’était un grand tournoi, où prenaient part plus de cinq cents chevaliers. L’un des deux camps avait des armes blanches, l’autre des armes noires, mais nulle diversité de blasons n’apparaissait entre les combattants. Lancelot regarda longuement le merveilleux spectacle du tournoi. Il lui sembla que les Noirs cédaient du terrain, qu’ils avaient perdu beaucoup de monde, et qu’ils allaient être vaincus. Il décida d’aller sur-le-champ les aider. Il entre au pré, baisse sa lance... Le premier cavalier blanc qu’il rencontre, il le renverse, lui et son cheval ; en abat un second, mais sa lance se brise ; il tire l’épée et commence à parcourir la lice en frappant à droite et à gauche, avec une puissance souveraine. A ce moment les spectateurs étaient unanimes à lui accorder le prix du tournoi. Cependant, peu à peu, Lancelot s’aperçoit que les Blancs ne s’enfuient plus devant lui : repoussés, ils reviennent, ils reçoivent ses coups avec une prodigieuse endurance. Il frappe, frappe encore, de toute sa vigueur, comme un charpentier sur une pièce de bois, et ceux qu’il atteint ne semblent pas s’en ressentir. Ainsi, parfois, dans les rêves, on porte à un adversaire des coups sans force et l’on s’en désespère... Lancelot, lui aussi, commence à se désespérer : son épée devient plus lourde à sa main, son cheval fléchit sous lui ; autour de lui les escadrons de cavaliers blancs, innombrables, se massent, le pressent d’un hérissement de lances et d’épées qui va se resserrant. Maintenant fl recule ; une immense lassitude le saisit et lui brise les membres ; jamais plus, pense-t-il, il n’aura la force de porter ses armes. Il essaie de se dégager par un dernier moulinet : l’épée lui tombe de la main. Il est pris. On l’entraîne dans la forêt, si faible qu’il a peine à se tenir en selle. Lancelot, lui disent ses adversaires, nous avons tant fait que vous voici enfin conquis : vous êtes notre prisonnier. Il faut nous promettre que vous ferez notre volonté, en toute occasion.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:39

Lancelot promet, et ils le mettent en liberté sur parole. Honteux et brisé, il allait au hasard par les sentiers de la forêt, se répétant avec douleur que c’était là sa première défaite. Il s’était cru pardonné : cette disgrâce était-elle donc encore un effet de la colère divine inapaisée ? Il fallut qu’une recluse, qui le recueillit en sa retraite, lui expliquât Ie vrai sens de son aventure. O Lancelot, lui dit-elle, que tes regards sont encore aveuglés d’erreur matérialiste, et que ton cœur est prompt à la désespérance ! Tu t’affliges de ce qui devrait te réjouir. Ouvre les yeux, c’est toute ta vie qui vient de se dérouler devant toi : ce tournoi en était l’image symbolique. Le parti aux armes noires, que tu as d’abord soutenu en téméraire, c’était celui de Satan, le seigneur de tes années de jeunesse. Et les Blancs, dont l’obstination a eu raison de toi, ce sont les sages, les solitaires, les patients serviteurs de l’Esprit, à récemment, tu as fini par te confier. Heureuse défaite ! Quant à la forêt où tes vainqueurs t’ont entraîné, verdissante, fleurissante, remplie du cantique perpétuel des oiseaux et toute élancée vers le ciel, ne vois-tu pas que c’est l’image de la vie sainte ? Grâce à de telles aventures, Lancelot avançait en sagesse. Un jour, comme il suivait en rêvant un étroit défilé qui débouchait sur un fleuve, un inconnu, surgissant à l’improviste, lui tua son cheval sous lui. Lancelot, en se relevant, se vit fort dépourvu. D’un côté, une falaise de rochers infranchissables, qui allait tomber à pic dans l’eau ; de l’autre la forêt immense, où un homme à pied était nécessairement perdu ; enfin le fleuve profond et large achevait l’encerclement. Lancelot se coucha sur la berge du fleuve, remettant à la Providence divine le soin de sa destinée. Le lendemain, à l’aurore, une barque sans voile et sans aviron approchait doucement de la rive : c’était celle où gisait la sœur de Perceval. Averti par un songe qu il avait eu la nuit précédente, Lancelot y sauta avec ses armes, et la barque continua à dériver lentement. Ce fut une étrange navigation où, durant des mois, Lancelot vécut de la même façon miraculeuse que le peuple d’Israël au désert. Dans l’enchevêtrement infini d’estuaires, de promontoires et d’îles qui entoure la Bretagne, il voguait à l’aventure, longeant des côtes tantôt horribles et tantôt accueillantes. Parfois il passait si près qu’il pouvait parler aux ermites habitant les grottes des rivages : la barque s’arrêtait à quelque rocher rencontré, l’ermite venait s’accouder au bordage, et bénissait Lancelot de vivre si merveilleusement ; puis le vent ou la marée remportaient l’esquif... Pendant quelque temps, sur la barque que le corps de la sainte protégeait de tout danger, Lancelot eut la compagnie de son fils Galaad. Il était venu un soir que la barque, poussée par le flot dans une rivière, longeait un joli rivage boisé. Lancelot avait entendu un froissement de branches, un pas de cheval, puis il avait vu un grand chevalier apparaître, mettre pied à terre et sauter dans la barque ; sous la nuit tombante, 1l ne l’avait pas reconnu d’abord. Mais après avoir achevé ensemble, dans des îles ignorées, maintes aventures extraordinaires, ils avaient été de nouveau séparés ; ils ne devaient plus se revoir. C’était au temps de Pâques, en la douce saison où toute verdure verdoie et où s’élève dans les bois la chanson diverse des oiseaux ; la joie et l’espérance emplissent le monde : elles entraient aussi au cœur de Lancelot. Souvent il répétait le souhait ardent d’entrevoir quelque chose du Saint Graal ; un jour vint enfin où il fut exaucé. Vers minuit sa barque s’arrêta tout à coup le long d’un perron qui descendait jusque dans l’eau ; en haut des degrés s’ouvrait une porte et, derrière, Ia masse sombre d’un grand château montait dans le ciel. Lancelot gravit les marches, vient à la porte : mais voici que deux lions, couchés dans l’ombre, se dressent à son approche. Il tire l’épée et pense à se défendre, quand une main de feu paraît dans l’air et lui frappe le bras si rudement qu’il lâche son épée.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:39

En même temps une voix disait : Homme de peu de foi, as-tu donc plus de confiance en ton bras qu’en ton Créateur ? Lancelot, surpris, se ressaisit et comprend. Ah, beau doux père Jésus-Christ, s’écrie-t-il en joignant les mains, je vous rends grâces de ce que vous daignez me reprendre ! Il remet l’épée au fourreau et avance. Mais les lions, en entendant le nom du Seigneur, se sont recouchés... Lancelot passe... A la clarté de la lune, il franchit des poternes sans gardes, des cours désertes ; il monte des degrés, traverse des salles sans rencontrer âme qui vive. Il arrive à la grand’salle : elle est splendide, mais déserte comme tout cet étrange château. Enfin le voici devant une porte fermée, qu’il ne peut pas ouvrir. De l’autre côté lui parviennent des voix d’une suavité infinie qui chantent des hymnes. Ce mystérieux château, cet office nocturne, ces voix plus qu’humaines, ne serait-ce pas le Saint Graal ? Son cœur s’attendrit d’espoir, les larmes lui viennent aux yeux. Soudain la porte s’ouvre, et un flot de lumière, pareil au soleil de midi éblouit Lancelot ; le palais tout entier en est illuminé, comme si toutes les torches du monde y flamboyaient. Pour voir d’où vient cette clarté prodigieuse, Lancelot s’élance, mais une voix crie : Lancelot, n’entre pas ! Demeuré sur le seuil, il regarde de loin...
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:39

Au fond d’une vaste salle, grande comme un chœur d’église, à travers des fumées d’encens, il voyait, sur une table d’argent, le Saint Graal couvert d’une soie verte ; tout autour étaient des anges, dont les uns tenaient des encensoirs d’argent, d’autres des cierges ardents, d’autres des croix et tous les objets dont s’orne l’autel ; et ils paraissaient accomplir une liturgie. Devant le Graal se tenait un homme, vêtu d’habits de prêtre, comme s’il eût été le célébrant de cet office. Un moment il fit geste de l’Élévation ; alors parurent dans l’air trois êtres qui semblaient des hommes ― deux d’entre eux posaient le troisième, ainsi qu’un enfant, entre les mains tendues du prêtre. Lancelot, à cette vue, ne se contient plus : il veut aller aider le prêtre qu’il croit accablé de son fardeau, il ne se souvient plus de la défense qui lui a été faite... Mais sitôt qu’il est entré, un souffle brûlant le renverse et lui ôte la force du corps. Inerte, aveuglé, il sent que des mains le saisissent ; elles l’emportent et le jettent à terre, devant le seuil qu’il ne devait pas franchir... Le lendemain, quand les gens du château le trouvèrent là, ils le crurent mort ; ce ne fut qu’en le désarmant qu’ils sentirent son cœur battre. Ils le couchèrent dans un bon lit et, ne parvenant pas à le tirer de sa torpeur, attendirent qu’il en sortît de lui-même. Ils admiraient sa beauté et le plaignaient d’une si grande infortune. Il resta en cet état vingt-quatre jours et lorsqu’enfn il ouvrit les yeux, il s’écria : Ah, Dieu ! pourquoi m’avez-vous si tôt éveillé ? Comme on s’étonnait de ces singulières paroles, il expliqua que pendant que son corps était ainsi privé de mouvement, son âme avait été ravie en extase et avait entrevu les mystères du Graal. Puis, quand on lui eut appris que cet étrange sommeil, semblable à la mort, avait duré vingt-quatre jours, il réfléchit et comprit que c’était là le symbole et le châtiment de sa vie pécheresse, qui avait duré vingt-quatre ans. Ainsi parce que son cœur, malgré ses égarements, était resté généreux et noble, Lancelot n’avait pas été tout à fait écarté des saintes merveilles du Graal ; mais il n’avait pu les contempler qu’à travers les brumes du rêve, en une vision incertaine et incomplète comme sa vertu. Le Roi Pêcheur le reçut et le fit assister au festin où l’invisible présence du Vase sacré donnait à chacun les mets qu’il désirait. Lancelot eût voulu continuer la quête, voir les prodiges que renfermait le château, contempler le Graal. On lui fit comprendre que c’était peine perdue. Viennent maintenant, disait-on, les vrais héros du Graal ! Lancelot se résigna donc à quitter Corbenic et retourna vers le royaume d’Artus. Mais il gardait encore, sous ses beaux vêtements de chevalier, la haire âpre et poignante qu’il avait prise en signe de renonciation à l’erreur mondaine.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:40


CORBENIC


Quand Galaad eut quitté Lancelot, il parcourut en tous sens le royaume de Logres, au gré du hasard. Il y acheva sans peine toutes les aventures qui jusque-là avaient déconcerté les chevaliers de la Table Ronde. Ainsi, lorsqu’il arriva à l’abbaye où gisait le roi Evalach et où Perceval avait fait jadis une visite vaine, le vieillard, aveugle et infirme depuis des siècles, se sentit incontinent soulagé de ses maux. Bon chevalier, s’écria-t-il, soldat du Christ dont j’ai si longtemps attendu la venue, tiens-moi dans tes bras, laisse-moi reposer sur ta poitrine ! Tu es le lis, tu es la rose ; près de toi ma chair, morte de vieillesse, revient à la vie ! Et, comme il lui avait été prédit, le vieux roi, entre les bras de Galaad, fut guéri et presque au même instant trépassa.

avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:40

Tous ceux qui souffraient, les malheureux, les maudits, pucelles prisonnières, veuves déshéritées, pécheurs qui expiaient quelque faute ancienne, à son approche étaient délivrés, pardonnés ; tous le saluaient de la même salutation : Seigneur, soyez le bienvenu ! si longtemps nous vous avons attendu ! Mais il punissait les méchants, les violents, chassait les démons, faisait crouler les enchantements : il était le Rédempteur et le Juge. Cette chevauchée dura cinq ans et se termina au château de Corbenic, où Galaad parvint après avoir retrouvé Perceval et Bohort. Le roi et tous ceux de la sainte maison firent fête aux trois chevaliers, car on savait que par eux seraient terminées les aventures merveilleuses du Graal. On leur présenta d’abord l’Épée brisée, qui devait se ressouder d’elle-même aux mains du héros élu. Perceval et Bohort essayèrent en vain d’en ajuster les deux morceaux ; mais à peine Galaad les avait-il pris en main qu’ils se rejoignirent, de telle sorte qu’aucune trace de brisure n’apparaissait dans l’acier. Le même jour, à l’heure de vêpres, le ciel s’obscurcit soudain, comme si une grande tempête allait éclater ; un vent brûlant s’éleva, qui pénétra partout dans le palais ; plusieurs de ceux qui étaient là suffoquèrent de chaleur et tombèrent inanimés. Enfin on entendit une voix qui dit : Que ceux qui ne furent pas à la Quête du Saint Graal sortent d’ici ! Et tel était le son de cette voix qu’elle emplit d’épouvante les cœurs les plus hardis. Les trois compagnons, restés seuls, virent à ce moment entrer dans la salle neuf chevaliers inconnus qui, ôtant leurs casques vinrent saluer Galaad et lui dirent : Seigneur, voici que des lointains de la terre nous venons vers vous, pour vous rendre honneur. Guidés par le Saint Graal nous nous sommes hâtés !
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:41

Trois d’entre eux arrivaient de Gaule, trois autres d’Irlande et les trois derniers de Danemark. Pendant qu’ils parlaient entre eux, ils virent sortir d’une chambre voisine un lit de bois que portaient quatre jeunes filles ; un vieillard y gisait, le visage souffrant, une couronne d’or sur la tête ; on l’eût pris pour un cadavre s’il n’eût par moments poussé un long gémissement. C’était le Roi Méhaignié. Les quatre jeunes filles posèrent le lit au milieu de la salle et disparurent. Bientôt le Roi leva la tête, vit Galaad et lui répéta, lui aussi, la salutation de tous les misérables : Seigneur, soyez le bienvenu ! Depuis si longtemps je vous attendais, dans les douleurs et l’angoisse que vous pouvez voir ! Alors recommença la céleste cérémonie que Lancelot n’avait fait qu’entrevoir de loin. Sur la Table d’argent le Graal parut de nouveau, mais découvert et rayonnant d’un indicible éclat. Puis, du haut des cieux ouverts, on vit descendre quatre anges soutenant une chaire où un évêque était assis, la mitre en tête et la crosse en main. Sur sa mitre se lisaient ces mots :
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:41

JOSÈPHE, PREMIER ÉVÊQUE DES CHRÉTIENS


Les chevaliers s’émerveillaient, sachant que ce Josèphe, fîls de Joseph d’Arimathie, était mort depuis plus de trois cents ans. Mais l’évêque parla et leur dit : Ne vous étonnez pas de me voir ici devant le Saint Graal : vivant, je le servais ; esprit, je le sers encore. Après ces mots il s’approcha de la Table d’argent et se prosterna devant le Saint Graal, les genoux et les coudes à terre. A ce moment entra dans la salle une procession d’anges ; les deux premiers portaient des cierges ardents, le troisième un voile de soie vermeille ; le quatrième tenait d’une main une lance dont le fer saignait et de l’autre un vase où tombaient les gouttes de sang. Ils allèrent vers la Table ; et ceux qui portaient des cierges les y posèrent ; le troisième plaça le voile de soie auprès du Graal, et le quatrième tint hampe. Puis il l’écarta, et Josèphe, prenant le voile de soie, en recouvrit le Saint Graal Ensuite l’évêque parut célébrer comme une messe aux rites inconnus. Au moment de l’Élévation, l’hostie qu’il avait puisée dans le Graal prit entre ses mains l’apparition d’un enfant ; puis elle revint à sa forme première et il la remit dans le Vase. Alors il fit signe aux chevaliers de s’asseoir devant la Table et disparut. Les douze chevaliers, en grand émoi et en grande crainte, s’assirent devant la Table. Or du Saint Graal ils virent surgir un fantôme au doux visage souffrant, qui avait les mains et les pieds sanglants, une plaie au côte, et qui leur dit : Mes chevaliers, mes fils loyaux, qui m’avez tant cherché que je ne puis plus me cacher de vous, voici que vous êtes assis à ma table, où nul homme ne fut depuis le jour de la Cène, voici que le vase de votre nourriture est le Graal, celui-là même où je mangeais l’agneau pascal avec mes disciples !
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:42

Et ayant pris dans ses mains le Saint Graal, Il leur donna le pain et le vin comme Il les avait donnés aux Apôtres. Puis Il ordonna à Galaad de guérir le Roi Pêcheur et de partir ensuite, avec ses deux compagnons, vers la cité sainte de Sarras, où il aurait du Graal la révélation suprême. Et puis la divine Apparition s’évanouit. Galaad, ayant pris du sang qui découlait de la Lance, en oignit le corps du Roi infirme. Et aussitôt le vieillard se leva, guéri du mal qui si longtemps l’avait accablé. Et les terres du royaume, en même temps que lui revinrent à la vie. Les campagnes dévastées retrouvèrent subitement leur fécondité de jadis : elles se vêtirent de fleurs et de moissons ; les arbres à demi effeuillés se couvrirent de frondaisons et de fruits. Et de beaux poissons jouèrent, couleur d’or, d’argent et de pierreries, dans les eaux du fleuve où, chaque jour espérant la fin de sa misère, le Pêcheur dolent traînait en vain ses lignes. Car les temps étaient révolus, le Héros du Graal était venu.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:42

LA JÉRUSALEM CÉLESTE


Galaad, Perceval et Bohort allèrent au rivage de la mer et y retrouvèrent la Nef merveilleuse de Salomon, Y étant entrés, ils virent, sur la Table d’argent le Saint Graal couvert de soie vermeille. Tandis qu’ils s’étonnaient, le vent soudain se leva, gonfla la Nef et l’emporta vers la haute mer. Longtemps ils naviguèrent ; mais un soir Bohort dit à Galaad : Seigneur vous ne vous êtes point encore couché dans ce Lit, que pour vous prépara le sage Salomon ; ne conviendrait-il pas de le faire ? Galaad cette nuit-là y reposa Le lendemain, à l’aurore, ils étaient sous les murs de Sarras.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:43

Au plus haut de la cité sainte se dressait un temple prodigieux, qu’on appelait le Palais Irréel. Nul vivant n’habitait ces hautes tours, si brillantes qu’elles paraissaient faites des rayons d’or du soleil ; seuls les Esprits

bienheureux y conversaient. Ils débarquèrent, emportant la Table d’argent pour l’y déposer. Mais la route était escarpée et la Table pesante. Galaad, avisant un infirme qui mendiait aux portes de la ville, lui cria :

― Bonhomme, aide-nous à porter cette Table au Palais, là-haut.

― Hélas ! mon bon seigneur, que dites-vous ! Il y a bien dix ans que je ne peux plus me traîner qu’avec des béquilles.

― Lève-toi et ne doute point : tu es guéri. Et le paralytique se leva guéri. Il vint aider Galaad et à tous ceux qu’il rencontrait il disait le miracle.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:43

Avant qu’ils fussent parvenus au Palais, une grande foule accourue les escortait, pour voir l’infirme qui avait été guéri. Cependant, au port, un esquif sans aviron et sans voile était venu doucement se ranger contre la Nef ; nul marinier ne le manœuvrait, et personne ne pouvait dire de quel point de l’horizon il avait surgi. C’était le tombeau flottant de la sœur de Perceval. Voyez, se disaient entre eux les trois chevaliers, comme la morte tient sa promesse ! Ils lui donnèrent, au Palais Irréel, la sépulture qui convenait à une fille de roi et à un corps saint. Quand le roi du pays, qui était sarrasin, connut ces miraculeuses nouvelles, il voulut voir les trois chevaliers et leur fit raconter leurs aventures. Mais il n’en crut rien ; il jugea que c’étaient trois enchanteurs et traîtres mauvais, et les fit jeter en prison. Or il advint qu’au plus profond de leur cachot une lumière surnaturelle brilla, comme si le mur se fût ouvert sur l’infini du ciel. C’était le Saint Graal ; et tant qu’ils furent enfermés, il emplit leur prison de clarté et leurs âmes de béatitude. Cependant le roi sarrasin, atteint soudain d’un mal mystérieux, languissait et ne pouvait ni guérir ni mourir. Au bout d’un an, parvenu à la limite de la souffrance et de la faiblesse, le repentir lui vint. Il manda les trois chevaliers et leur cria merci de ce qu’il les avait maltraités à tort. Ils lui pardonnèrent volontiers, et aussitôt il goûta l’apaisement de la mort. Ceux de la cité tenaient conseil en grande perplexité. Mais un inconnu leur suggéra l’idée d’élire pour roi le plus jeune des trois chevaliers. Ils prirent donc Galaad et, qu’il le voulût ou non, lui mirent la couronne en tête. Devenu seigneur de la terre, Galaad fit faire au Palais une arche d’or et de pierres précieuses, qui abritait la Table et le Saint Graal. Chaque jour avec ses compagnons, il y venait prier.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  elsamarie le Lun 23 Aoû - 15:44

Un an jour pour jour après le couronnement de Galaad, les trois chevaliers, en arrivant devant l’arche, y virent une apparition. Le bienheureux évêque Josèphe était là, entouré d’anges en si grand nombre qu’on eût dit Jésus-Christ en personne. De nouveau l’office merveilleux se déroula avec ses pompes paradisiaques, célébré par un Esprit, servi par des Esprits. Mais quand vint le moment le plus sacré, l’évêque, se tournant vers Galaad, lui dit : Bon chevalier, viens et tu connaîtras enfin ce que tu as tant désiré. Il découvrit le Graal et Galaad s’en approcha. Toute sa chair mortelle tremblait ; dès qu’il se fut penché au bord du Vase divin, il s’écria : O splendeur ! Lumière sur le monde ! Tous les voiles se déchirent : le secret de la Vie universelle apparaît ! Oh ! toutes les peines, tous les sacrifices sont à cette heure justifiés. Car c’est la plus haute destinée humaine de toujours s’efforcer vers la vie selon l’Esprit, vers la Connaissance ! O voici la merveille suprême : contempler et comprendre ! Il voulut revenir Vers ses compagnons, fit en chancelant quelques pas ; en ses yeux brillait une clarté qui déjà n’était plus humaine. Il leur donna le baiser de paix, murmura le mot : Adieu ! et, s’étant retourné vers le Graal, il tomba la face contre les dalles, mort. A cet instant Perceval et Bohort virent une main apparaître dans les airs, prendre le Saint Graal et l’emporter pour toujours. Car depuis nul mortel n’a jamais osé prétendre avoir vu de ses yeux le Vase merveilleux. Au Palais irréel, séjour des Esprits, Galaad fut enseveli à la place même où il avait expiré. Perceval se retira au désert et y vécut en ermite quelques mois encore. Mais quand Bohort se vit seul en ces terres lointaines devers Babylone, il reprit le chemin du royaume de Logres, passa la mer et arriva enfin à la cour d’Artus, où depuis longtemps on le croyait perdu.

Fin



Les récits qu’il fit des aventures du Saint Graal furent mis en écrit par les clercs du roi et conservés à l’abbaye de Salisbury. L’histoire qu’on vient de lire en fut tirée par Maître GAUTIER MAP archidiacre d’Oxford pour l’amour du roi HENRI son seigneur.
avatar
elsamarie

Messages : 2195
Date d'inscription : 14/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Quête du Saint Graal par Sebastienne de Pola

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum