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La mine de sel et son commerce

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La mine de sel et son commerce

Message  elsamarie le Jeu 19 Aoû - 17:24

Préambule


L'exploitation du sel, comme nombre d'autres productions rares et exclusives, sont un atout maître pour Provinces qui en disposent. Elles peuvent en tirer richesses, relations commerciales privilégiées, leviers diplomatiques.
Le présent traité s'applique au cas particulier des salins d'Aigues-Mortes, mais peut être généralisé aux autres exploitations de sel marin ou de sel gemme, dont l'économie est semblable.

I - De la rentabilité de l'exploitation
L'économie des salins est étonnement similaire à celle des mines de fer.
La littérature sur le sujet étant déjà abondante, nous ne ferons donc que faire certains rappels nécessaires à la suite de l'étude sans les démontrer:

* La productivité maximale des salins est atteinte à un niveau numéroté 10 dans la littérature minière. Investir moins fait perdre plus en production que ce que l'on économise en entretien. A l'inverse investir plus n'augmente pas assez la production pour couvrir les entretiens supplémentaires nécessaires au maintien à niveau.
* A ce niveau 10, le bon état des salins permet à chaque travailleur de récolter 1,52 boisseaux de sel par jour.
Il est à noter qu'il est de coutume de donner le sel en surplus ne permettant pas de remplir un boisseau entier aux sauniers l'ayant récolté pour la conservation de leurs propres aliments.
Ainsi la production totale est arrondie au boisseau inférieur.
* Au cours de son travail, chaque travailleur devra utiliser 0,45 quintal de pierre afin d'entretenir fares, cobiers ainsi que les canaux les reliant, ainsi que 0,33 kg de fer pour entretenir les racloir servant à la récolte et les vannes permettant l'isolation des différentes pièces d'eau afin d'assurer une production de niveau 10.
Ces matériaux étant distribués en lots d'un kilogramme de fer et d'un quintal de pierre aux travailleurs, les entretiens sont donc arrondis au kilogramme ou au quintal supérieur.


Les salins d'Aigues-Mortes trouvent leur main d'œuvre dans une région déjà très sollicitée par d'autres travaux, principalement une mine de fer et une mine d'or. Il est donc difficile de trouver assez de main d'œuvre pour exploiter au maximum toutes ces ressources.
Il convient alors de déterminer où il est préférable d'envoyer la main d'œuvre disponible.
Le fer étant ressource stratégique, tant pour l'entretien des mines, des carrières et des salins que pour la forge et l'équipement des armées, il paraît incongru d'en diminuer la production, la main d'œuvre devra en conséquence être dirigée en priorité dans la mine de fer.
Il faudra donc choisir entre donner priorité à l'exploitation de la mine d'or ou à celle des salins.

Les salins pouvant accueillir au maximum 30 sauniers, nous nous baserons sur ce chiffre pour définir s'il est préférable d'exploiter au maximum les salins, ou si il vaut mieux envoyer ces 30 travailleurs dans la mine d'or.

La mine d'or:
30 mineurs exploitant une mine d'or de niveau optimal (10) permettent de frapper 1 512 écus de monnaie (50,40 écus par mineur).
Leur salaire coûtera environ 450 écus (15 écus par mineur), et les entretiens de la mine consommeront 30 quintaux de pierre (1 quintal par mineur) et 23 kg de fer (0,75 kg par mineur).
En considérant qu'un quintal de pierre a pour valeur 14 écus et un kg de fer 19,5 écus, la rentabilité de l'opération est donc de R(or)=1512/(450+30*14+23*19,5)=14,7%
De même le bénéfice net est de:
G(or)=1512-(450+30*14+23*19,5)=193,5 écus

Les salins:
Les mêmes 30 personnes exploitant les salins produiront 45 boisseaux de sel.
Leur salaire sera de 450 écus de même et les entretiens consommeront 14 quintaux de pierre et 10 kg de fer.
Le coût de production Pprod d'un boisseau est donc de:
Pprod = (450+14*14+10*19,5)/45 = 18,7 écus
Pour être aussi rentable que l'exploitation de la mine d'or, il faudra vendre les boisseaux de sel à un prix unitaire Pr tel que:
R(or)=R(sel)=(45*Pr)/(450+14*14+10*19,5)=14,7%
Ce qui donne Pr=21,45 écus.
Pour avoir un bénéfice net identique à celui de la mine d'or, il faudra vendre les boisseaux de sel à un prix unitaire Pg tel que:
G(or)=G(sel)=(45*Pg)-(450+14*14+10*19,5)=193,5
Ce qui donne Pg=23 écus.

Conclusions:

Nous voyons donc se dessiner 4 zones de prix:

* Au dessus de 23 écus:

Si il est possible de vendre dans cette zone de prix, il est indiscutablement plus bénéfique de produire du sel que de l'or.
Ceci permet de plus d'économiser de la pierre et du fer, l'entretien des salins étant inférieur à celui de la mine d'or.

* Entre 21,45 et 23 écus:

Dans cette fourchette de prix, l'exploitation d'une mine d'or rapporte plus, mais l'exploitation des salins est plus rentable car ils sont moins gourmands en entretiens.
Ainsi, si la Province productrice dispose de stocks de pierre et de fer suffisants, il est préférable de privilégier le gain et d'exploiter la mine d'or.
A l'inverse, si les stocks sont bas et que l'entretien des mines est problématique, l'exploitation des salins permettra d'économiser sur les entretiens.

* Entre 18,7 et 21,45 écus:

L'exploitation du sel reste rentable, mais moins que la production d'or.
En conséquence il n'est bénéfique d'ouvrir les salins que si la mine d'or est pleine.

* Sous 18,7 écus:

La production de sel se fait à perte, mieux vaut alors fermer les salins.

II - Du commerce du sel

Il convient ainsi pour une province productrice de viser un prix de vente minimal de 23 écus par boisseau, et, passé ce prix, de vendre un maximum de production afin de faire entrer un maximum de masse monétaire.
Ce tarif ne pourra cependant pas être augmenté outre mesure afin de ne pas dissuader les acheteurs potentiels car le production de sel ne sera rentable qu'une fois vendue. Viser un prix trop élevé ferait diminuer la demande, et donc perdre aux salins leur intérêt économique qui est de plus rapporter qu'une mine d'or.
Afin de déterminer un prix raisonnable de vente, notre étude se penchera tout d'abord sur la filière sel, puis sur les différents acheteurs potentiels.

A - La "filière sel".


Le sel est utilisé par les fromagers dans la confection de fromage, qu'il soit issu de lait de vache, de chèvre, ou de brebis ou par les bouchers pour la confection de jambon de pays.
Les producteurs de fromage comme ceux de jambon sont fortement dépendants du terroir et ne se trouvent pas partout, loin s'en faut, et ce terroir sera souvent situé loin de toute source de sel.
De même le fromage et le jambon sont des produits rares, recherchés par les nantis de par l'Europe, souvent éloignés du producteur.
La filière du sel sera donc fortement dépendante des marchands, et se décompose comme suit:

1. province productrice de sel
2. marchand
3. fromager ou boucher
4. marchand
5. consommateur


Les fromagers et bouchers, points centraux de la filière, afin de vivre de leur travail, devront pouvoir se payer honorablement. Un boucher pourra se payer environ 30 écus par jour pour son savoir-faire, tandis qu'un fromager, qui pourra travailler dans son échoppe moins souvent car il ne peut faire que du fromage, pourra quant à lui se payer 40 écus environ.
En considérant ces salaires, et le coût des matières premières suivants:

* Carcasse de cochon: 16 écus
* Lait de vache: 10 écus
* Lait de brebis ou de chèvre: 19 écus
* Bois: 5 écus
* Sel (après transport par un marchand): 27 écus

En considérant qu'un artisan peut produire:

* Deux fromages de vache à partir de deux bouteilles de lait de vache, deux boisseaux de sel et deux stères de bois.
* Un fromage de brebis ou de chèvre à partir de deux bouteilles de lait, un boisseau de sel et un stère de bois.
* Un jambon à partir d'une carcasse de cochon et deux boisseaux de sel.

On conclut trivialement que le prix du boisseau de sel pèse pour:

* environ 45% du prix du fromage de vache (62 écus avant transport).
* environ 25% du prix du fromage de brebis ou de chèvre (110 écus avant transport).
* environ 55% du prix du jambon (100 écus avant transport).


Les marchands, afin d'être intéressés au transport du sel puis du fromage et du jambon, doivent pouvoir gagner une marge, estimée à 10% du prix d'achat.

Les consommateurs, bien que nantis, ne disposent pas de revenus supérieurs à ceux de n'importe quel érudit et ont un train de vie coûteux. Ils ne paieront donc pas n'importe quel prix pour acheter du fromage ou du jambon.

Conclusions:
Comme nous l'avons vu en première partie, les provinces productrices, afin de tirer au maximum profit de leurs salins, ont tout intérêt à vendre au maximum de leur production. Ils ne pourront cependant pas vendre plus de sel qu'il ne se vend de fromage et de jambon.
Leur intérêt est donc, comme pour les artisans-producteurs et les marchands, de faire en sorte que leurs prix n'explosent pas mais restent raisonnables afin de ne pas tuer la demande.
On a vu que le prix final des produits finis dépend fortement du prix du sel.
La conclusion est donc que la province n'a pas intérêt à augmenter le prix de son sel outre mesure afin de le vendre, et ce, pour deux raisons principales:

1. Limiter le prix du produit fini, et ainsi assurer une consommation régulière de sel.
2. Vendre plus de sel et fournir plus d'artisans que les autres provinces qui auraient choisi de le vendre plus cher.

Un tarif de 24 à 25 écus le boisseau semble un bon compromis.

B - Les acheteurs potentiels.
Les acheteurs de sel sont principalement de trois types:

* Les producteurs locaux

Il peut arriver que des artisans-producteurs se trouvent sur le territoire de la province productrice de sel. Une telle situation est très bénéfique pour la province qui trouve en ces artisans un débouché naturel à son sel.
La province peut appliquer deux stratégies de vente vis à vis de ces producteurs locaux:

1. Vendre le sel à un prix supérieur en prenant la part revenant normalement au premier maillon de transport marchand devenu inutile. La province gagnera alors d'avantage d'écus grâce à ces ventes de sel.
2. Vendre le sel au même prix qu'à un autre acheteur voire à un à prix préférentiel.
Ceci permet de produire le fromage ou le jambon local à moindre prix, lui donnant un avantage concurrentiel sur les produits des autres provinces et ainsi soutenir l'économie locale. En effet, soit les artisans gagneront plus en vendant au même prix que leurs concurrents, soit ils vendront plus en vendant moins cher.
Ceci permet donc également d'augmenter la consommation de sel locale et donc de limiter le risque de sel invendu.

* Les acheteurs institutionnels


Cette catégorie regroupe les ventes de sel faites par contrat entre provinces.
Ces ventes répondant à de nombreux impératifs autres que la simple vente de sel (diplomatie, échanges de marchandises stratégiques, vente de surplus inutiles en échange de vente de sel à tarif préférentiel, ...), nous ne développerons pas ce point dans la présente étude.

* Les marchands


Les marchands ne doivent pas être négligés dans la stratégie de vente. Ils permettent en effet d'écouler une quantité non négligeable de sel en déployant un moindre effort de négociation que pour une vente à un acheteur institutionnel.
Un marchand n'achètera du sel que sous deux conditions:

1. Le prix de vente lui permet de dégager une marge, estimée à 10% du prix de vente.
2. Il garde une certaine marge de négociation avec les artisans-producteurs, qui sont à la fois ses clients de sel et ses fournisseurs de jambon et fromage.

Là encore, un tarif de 24 à 25 écus semble remplir ces deux impératifs.
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