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Les Bienheureux: L'Abbé Tise de Cambrai

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Les Bienheureux: L'Abbé Tise de Cambrai

Message  elsamarie le Ven 16 Juil - 19:50


L’ABBE TISE DE CAMBRAI (vers 1330-1393)



Préface :


Lorsque je fus archevêque de Cambrai, alors que je décidais de visiter les archives du diocèse, je fus attiré par un témoignage d’une vieille dame : la Sœur Mechtilde, daté de 1427. C’était ses mémoires. Elle y annonçait sa mort prochaine, la faiblesse où la vieillesse l’avait contrainte, mais sa joie et son bonheur d’avoir consacré sa vie à Dieu. Cet amour des choses spirituelles qui l’avait conduite à renoncer à la fortune de sa naissance pour devenir l’humble religieuse qu’elle était, il lui avait été inspiré par un homme qui, dans les descriptions qu’elle en faisait me parut magnifique : l’Abbé Tise.

Intéressé par ce curé de Cambrai, je décidais de consacrer un peu de temps à rechercher qui il était vraiment. Cette recherche me conduisit à interroger les plus anciens habitants de la région dont les parents avaient pu le connaître, ainsi qu’à fouiller les archives de la paroisse dont il avait été le pasteur, c’est là que je trouvais un trésor : son carnet où il notait tout les évènements de sa vie et de sa paroisse qui était sa vie.

Je vous présente maintenant le fruit de mes recherches en espérant que la lecture de cette prose contribuera à votre conversion, comme sa rédaction a contribué à la mienne.



Une enfance difficile sous le regard de Dieu


Jean Tise naquit quelque part dans le nord de l’Artois, on ne sait pas vraiment où ni quand, mais on sait par ce qu’il nous apprend lui même que son enfance ne fut pas des plus riantes. Sa mère avait en effet commis la faute d’avoir été séduite par un valet de ferme qui n’était motivé que par le plaisir qu’il pouvait tirer d’elle. Celui-ci, voyant sa concubine enceinte la délaissa, pris ses gages et alla s’embaucher dans un village plus lointain. Restée seule, une paria, elle n’eut plus qu’à partir à son tour, le petit Jean sur son sein.

Elle se rendit à Cambrai où pour survivre et nourrir son fils elle dut mendier n’ayant pas le sou pour ouvrir une échoppe, et elle finit par vendre son plus grand bien : sa vertu. Battue par un de ses amants d’une nuit, elle mourut sur le pavé.

Le petit Jean devint un de ces gamins sans famille voleurs et bagarreurs que connaissent toutes nos villes, mais la Providence veillait sur lui. Eduqué dans le respect de Dieu, le garçon se rendait plusieurs fois par jour dans la cathédrale pour y prier, oubliant qu’il n’avait pas mangé. Et lorsqu’il obtenait du pain, il trouvait toujours à le partager avec ses jeunes amis de la rue. Un jour, alors qu’il traînait ses pas dans l’église, le curé vint le trouver pour lui demander ce qu’il faisait là. L’enfant répondit qu’il venait pour confier à Dieu toute la colère, tout le malheur, toute la haine que la vie lui donnait. Alors le curé lui répondit qu’un jour, c’est son amour, son bonheur et sa douceur qu’il offrirait au Très-Haut car Celui-ci l’aime et le sauvera. Depuis ce jour, le curé le logea et le nourrit au presbytère. C’était en 1345, Jean Tise devait avoir 12 ans.


Le curé des pauvres

Le curé nourrit et logea le jeune Jean Tise, qui n’oubliait pas de donner un peu de son bol de soupe quotidien à ses amis, mais il lui donna aussi un enseignement. Il lui apprit le latin, l’arithmétique, la grammaire et tout ce qu’un jeune homme doit savoir. C’est donc tout naturellement que lorsqu’en 1354 le curé mourut, l’archevêque l’ordonna et le choisit comme successeur.

Très rapidement, ses paroissiens le surnommèrent le « curé des pauvres », en effet, il leur donna sa vie. Les pauvres en argent, les pauvres en amour, les pauvres en esprit, tous trouvaient auprès de lui un soutien.
Quelques anecdotes le rapportent, bien que l’abbé Tise ne soit pas très loquace sur ses bienfaits et qu’il faille lire entre les lignes pour les apercevoir.

Ainsi nous savons qu’il n’oublia jamais d’où il venait et que très souvent, il ne prenait qu’un repas par jour et offrait le repas aux pauvres de la ville. Il créa même par la suite une société de bienfaisance récoltant des fonds pour préparer des repas quotidien aux miséreux alors nombreux en ces années de famines et de pestes. Un vieil artésien, décédé maintenant, me confia un jour que son père était arrivé à Cambrai en 1388 sans un sou et que toutes les portes se fermèrent sur lui sauf une : celle de l’abbé qui allait se mettre à table. Celui-ci l’invita et lui offrit son assiette en ne contentant son estomac que d’une pomme mais avec le sourire et le bonheur d’avoir un convive.

Le curé allait toutes les semaines visiter les enfants des rues et leur porter un peu de pain. Après les avoir nourris corporellement, il leur enseignait et leur annonçait que Dieu les aime et qu’il faut, dans les moments de désespoir tourner son regard vers lui qui nous sourit et dans les moments de joie, savoir lui rendre grâce du bonheur qu’il nous donne.

On sait en outre que l’abbé Tise de Cambrai défendit à de nombreuses reprises son sonneur de cloches que les gens appelaient l’ « idiot du village ». Il disait souvent qu’être simple d’esprit n’était pas une punition de Dieu ou une quelconque honte mais au contraire une fierté car Dieu nous aime ainsi et a besoin de nous ainsi. Lui, ce pauvre simplet, servait Dieu dans sa simplicité en sonnant les heures et en rythmant la liturgie, alors que la plupart des gens qui l’insultaient ne servaient que leurs intérêts et leur cerveaux magnifique ne servaient qu’à étudier des projets vains et frivoles.

Le témoignage de la Sœur Mechtilde raconte encore une anecdote que je me fais fort de vous raconter car elle concerne directement un de nos plus éminents cardinaux… En 1379, un homme venu de Normandie, Eloi de Nagan, se rendit à Cambrai pour étudier un ouvrage rare d’Aristote à la bibliothèque capitulaire de Cambrai. Dans cette ville, il y rencontra une charmante jeune fille de la meilleure noblesse prénommée Iseulte, leur amour réciproque fut immédiat et quelques mois plus tard, alors qu’Eloi devait bientôt repartir, il alla demander la main de la belle Iseult à son père. Celui-ci refusa net expliquant que la fortune des Nagan n’était pas assez grande pour lui faire accepter un Normand dans la famille. Désespéré, Eloi pérégrina dans la ville à la recherche de solution et elle lui fut donné par la voix de l’abbé Tise rencontré à la cathédrale : « L’amour est don de Dieu car l’amour est Dieu ; si vous êtes sûr de votre amour et de le vivre chastement, je vous marierais ce soir puis vous partirez ensemble. ». L’abbé pouvait ainsi voir si les amants étaient prêts à tout risquer et tout quitter l’un pour l’autre et éprouva la force de leur amour. Le soir, avec l’aide de Mechtilde, la sœur d’Iseulte, qui avait préparé la fuite, le mariage était célébré en toute intimité et les époux partirent vers la Normandie. De leur union naquirent Catherine et Philippe qui eut pour fils Aaron. Bien sûr, le curé eu quelques ennuis et Mechtilde dut quitter sa famille, mais à Dieu rien n’est impossible et les parents finirent pas reconnaître la force de l’Amour. Amour dont témoignait sans cesse l’abbé Tise et qui appela Mechtilde à sa suite dans la vie religieuse.


La mort pieuse de Jean Tise

Le mois de décembre 1392 annonça un très rude hiver, et en effet, le mois de janvier vit la température tant baisser que la couche de glace sur l’Escault mesurait plus de deux pieds. Les enfants des rues mourraient les uns après les autres et le pauvre vieux curé ne savait plus que faire. C’est en retournant chez lui après avoir tenté de secourir tel enfant et donné les dernier sacrements à tel vieillard mourrant que le prêtre tomba malade. Son agonie ne dura que deux jours et il mourut devant son bureau, écrivant à la suite ces mots : « Pitié mon Dieu dans Ton amour, souviens toi de moi au moment de ma mort. ». J’ai tenu ces derniers écrits dans ma main et j’ai pleuré submergé par l’émotion… Je voyais ces lettres devenir de plus en plus tremblantes et la dernière ligne s’arrêtant au e de « moment » et je compris que la foi de cet homme, sa confiance, son amour avaient été pour lui forces de vie jusqu’au moment de sa mort.
C'était le 10 février 1393.

Par Monseigneur Lodovicus.




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